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par Raff de HGuitare

Les micros de guitares électrique

Inventés au début du XXème siècle, popularisés par les jazz-bands dans les années 30, puis modernisés après-guerre par Leo Fender : les micros pour guitare électrique on une longue histoire derrière eux !

Et pourtant, cette partie essentielle de nos instruments électriques demeure mystérieuse pour beaucoup trop de guitaristes... Cet article va vous aider à y voir plus clair, et faire de vous des incollables en matière de micros guitare.


PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT D'UN MICRO DE GUITARE

 

Un micro pour guitare électrique est constitué d'un ou de plusieurs aimants, entourés par une bobine de fil de cuivre.
Au repos, ce dispositif émet naturellement un champ magnétique fixe.
Lorsqu'on déplace un objet métallique (en l'occurnence les cordes en acier de la guitare) au-dessus du micro, on perturbe ce champ magnétique, ce qui génère un courant électrique de très faible intensité.

La fréquence de ce courant est identique à la fréquence de vibration de la corde !

Le signal transite par l'électronique de la guitare (les boutons de Volume et de Tonalité), puis sort de l'instrument par la prise jack, et finit sa course dans l'ampli qui se charge de transformer l'énergie électrique en ondes acoustiques.

Le fait que les micros pour guitare électrique soient des appareils ultra-sensibles aux très faibles variations magnétiques présente un inconvénient : ils ont la fâcheuse tendance de capter les interférences électromagnétiques environnantes (prises de courant, tubes cathodiques, signaux de la radio, télévision hertzienne, WiFi...)

Concrètement, cela se traduit par une ronflette ("hum" en anglais), qui peut finir par dégrader le signal musical... Un blindage des cavités de la guitare peut aider à contrer ce phénomène, mais il existe aussi d'autres solutions (nous reviendrons dessus plus tard).

Note : les micros de guitare électrique sont improprement appelés "micros". En effet, ils captent les variations d'un champ magnétique, et non pas les variations de pressions de l'air... C'est d'ailleurs pour cela que les Anglo-saxons utilisent le terme "pickup" et non "microphone" pour désigner les micros guitare !


LE SON DES MICROS

La sonorité spécifique d'un micro de guitare électrique dépend essentiellement des éléments qui le constitue :


LES AIMANTS

Les aimants en alliage Alnico (ALuminium , NIckel ,CObalt ), souvent présents dans les micros haut de gamme, génèrent un champ magnétique relativement faible. Ceux de type Alnico II ou III (qui contiennent le moins de cobalt) sont les moins puissants, ce qui se traduit par un faible niveau de sortie, une sonorité vintage très musicale et un excellent sustain mais un bruit de fond plus présent !
Les aimants de type Alnico V ou VII, plus puissants, perdent un peu de ces qualités pour gagner en agressivité et en modernité, au détriment du sustain.

Les aimants en céramique ou ferrite génèrent un champ magnétique plus élevé que les aimants en Alnico. Bien qu'offrant un sustain plus limité, ils délivrent un niveau de sortie conséquent, avec une très bonne répartition des fréquences graves et aiguës, ce qui en fait des micros prisés dans le hard rock et le metal moderne.


Pour résumer : plus un aimant est puissant, plus il délivre un niveau de sortie important ce qui réduit le bruit de fond et favorise les fréquences graves et aiguës, mais moins il offre de sustain (car la force de l'aimant empêche les cordes de vibrer longtemps).

La forme des aimants a aussi son importance : un gros aimant en Alnico de forme rectangulaire (comme sur un micro de guitare type Les Paul) aura un son plus costaud mais moins précis que six petits aimants Alnico (comme sur un micro de guitare type Stratocaster).


LA BOBINE

Plus le fil de cuivre qui entoure l'aimant est long, plus il forme de spires, et plus le niveau de sortie du micro est élevé ce qui génère moins de bruit de fond. (le fameux rapport signal sur bruit). En revanche, un tel bobinage offre davantage de résistance au signal électrique : cela se traduit par un son moins dynamique et une perte en fréquences aiguës...

À l'inverse, un bobinage court avec peu de spires offre un son très brillant et dynamique, mais moins puissant, et donc plus sensible aux interférences...

Comme souvent, il s'agit donc de trouver le meilleur compromis !

La composition exacte du fil de cuivre, son diamètre, et le type d'isolant utilisé ont également une incidence directe sur le son spécifique de chaque micro, et font partie du savoir-faire de chaque concepteur.

La méthode d'enroulage est aussi à prendre en compte. Toutes les bobines modernes sont enroulées mécaniquement, alors que les bobines des micros vintage étaient enroulées manuellement, ce qui leur conférait une sonorité particulière.


LE CACHE

L'ensemble aimant + bobine est le plus souvent monté dans un boitier en plastique ou en métal.

Plus le micro est isolé, plus il est protégé contre les interférences, mais plus il est délicat de le démonter pour une éventuelle réparation...


QUELS SONT LES DIFFÉRENTS TYPES DE MICROS DE GUITARE ?

On distingue deux types principaux de micros pour guitares électriques : les micros à simple bobinage et ceux à double bobinage. Ces micros ont des caractéristiques différentes mais complémentaires.

Dans un souci de polyvalence, de nombreuses guitares comportent les deux types de micros !


LES MICROS À SIMPLE BOBINAGE (SINGLE COIL)

 

 

Ces micros sont historiquement associés à la marque Fender, et plus particulièrement aux guitares Stratocaster et Telecaster.
Il existe aussi des micros single coil de type Lipstick, enfermés dans un fin tube en métal (au son particulièrement cristallin, très prisé dans le surf et le rockabilly), et de type P90, en forme de gros rectangle (au son plus massif que les autres micros à simple bobinage, populaires dans le rhythm'n'blues et le hard rock old school).

 

Les micros à simple bobinage ont un son brillant, bien défini, et une excellente attaque. Ces micros sont donc particulièrement adaptés aux sons clairs et crunch, mais ils peuvent bien sur aussi être utilisés avec de la distorsion.

Leur inconvéniant majeur est qu'ils sont très sensibles aux interférences (le fameux "hum")...


LES MICROS A DOUBLE BOBINAGE (HUMBUCKER)


Pour régler le problème de bruit de fond des single coil, un ingénieur de chez Gibson a créé en 1955 un micro à double bobinage : le PAF, ou "humbucker" (littéralement "bouclier anti-bruit de fond" !

Le principe est simple mais particulièrement ingénieux : monter en série deux bobinages en opposition de phase (une bobine avec le pôle nord des aimants tournés vers le haut, et l'autre bobine avec le pôle sud des aimants tournés vers le haut). Le bruit de fond de chaque bobine est ainsi annulé par l’autre !

En outre, on produit un volume plus élevé (les niveaux de sortie respectifs des deux bobines s'additionnant), mais au détriment des fréquences aiguës (car les deux bobinages forment un fil de cuivre plus long !).

Ce son gras, épais et chaud, fait des merveilles dans un registre jazz. Il se marie également à la perfection avec une forte distorsion, ce qui des humbuckers les micros de prédilections de la plupart des hard rockeurs !

Il existe des humbuckers avec ou sans cache metallique, ainsi que humbuckers de type Rail (les deux bobinages sont plus étroits et réunis dans un seul cache) ou Stacked (les deux bobinages sont empilés l'un sur l'autre).

Sachez enfin que les micros à double bobinage sont équipés d'un "splitter", un interrupteur qui désactive l'une des deux bobines, ce qui permet de retrouver un peu des qualités sonores d'un micro à simple bobinage. Néanmoins, on obtient jamais tout à fait la même qualité sonore qu'avec un vrai single coil, tout simplement parce qu'un humbucker est conçu pour donner le meilleur de lui-même avec ses deux bobines, pas juste avec une seule !


LES MICROS ACTIFS

Les guitares "historiques" (Stratocaster, Telecaster, Les Paul, SG, etc...) sont toutes équipées de micros passifs, c'est-à-dire de micros qui génèrent un faible courant électrique grâce aux variations d'un champ magnétique. Ces micros offrent un son naturel, organique et dynamique.

Mais leur signal de très faible intensité est particulièrement vulnérable aux interférences et aux pertes de fréquences aiguës, surtout lorsqu'il doit transiter par de longs câbles jacks... En outre, les boutons de Volume ou de Tonalité associés à ce type de micros fonctionnent seulement pour RETIRER quelque chose au signal.

Lorsque les fabricants ont voulu augmenter le niveau de sortie de leurs micros pour contourner ces problèmes, ils se sont heurtés à deux obstacles :

• utiliser des aimants plus puissants est nocif pour le sustain...
• utiliser des bobinages avec plus de spires retire trop de brillance au signal...

Dès la fin années 60, la compagnie Alembic a trouvé la parade : utiliser des aimants de très faible puissance et des bobines avec très peu de spires, puis amener la puissance de manière artificielle, grâce à un système de préamplification alimenté par une pile de 9V !  Les premiers micros actifs étaient nés.

Dans les années 80, la société EMG a peaufiné le système, pour faire les micros actifs ce que nous connaissons actuellement.

En raison de la force du signal électrique qu'ils génèrent, les micros actifs offre un son à la précision chirurgicale, qui reste propre et bien articulé même avec de très grosses saturations, et s'accommode parfaitement de traverser de longs câbles jacks ou de longues chaînes d'effets !
De plus, leurs boutons de Volume et de Tonalité permettent de RETIRER et d'AJOUTER quelque chose au signal !

Pour toutes ces raisons, ils sont vite devenus les micros de prédilection des shredders du heavy metal des années 80. Mais les micros actifs ont aussi leurs inconvéniants : ils sont dépendants d'une pile, ne sont pas compatibles avec les micros passifs, et offrent une sonorité parfois jugée trop froide...

Bien que sur le plan empirique les micros actifs surpassent largement les micros passifs, la majorité des guitaristes continuent à préférer la musicalité de ces derniers !

L'oreille de nombreuses personnes a été entrainée à aimer un son légèrement imparfait, c'est aussi pour cette raison que beaucoup de gens préfèrent le son analogique du vinyle au son digital du CD, pourtant techniquement supérieur !


RÉGLAGE DES MICROS


L'EMPLACEMENT

Vous avez surement déjà remarqué que lorsque vous pincez vos cordes au niveau du chevalet, le son est très brillant, alors que lorsque vous les pincez au niveau du manche, le son est plutôt mat ?

Et bien, il se passe exactement la même chose avec les micros de votre guitare ! Le son d'un même micro varie selon son emplacement. Le fait d'avoir plusieurs micros sur une même guitare permet donc d'avoir à disposition une plus large palette de sons !

D'une manière générale, le micro placé près du chevalet ("bridge") a tendance à avoir un son plus tranchant, et est par conséquent mieux adapté à un jeu lead. Le micro placé près du manche ("neck") a un son plus chaud et velouté, qui convient pour les rythmiques.
Le micro intermédiaire sonne comme un compromis entre les deux.


LA HAUTEUR

Plus un micro est près des cordes, plus il génère de puissance, mais moins il offre de sustain...
Le but du jeu est donc de trouver la distance optimale pour chaque micro, en fonction de vos besoins !

En principe, on peut se permettre de placer le micro chevalet assez près des cordes, car à ce niveau, l'amplitude de vibration des cordes est moindre, quelque que soit la case frettée.

En revanche, il faut faire plus attention pour le micro manche : plus vous frettez les cases aigües, plus la distance des cordes par rapport au micro diminue... Cela signifie un son plus puissant dans les cases aiguës que dans les cases graves... Il faut donc éloigner ce micro sensiblement des cordes, surtout si on joue en rythmique.

Les micros sont équipés de petites vis sur les côtés, qui permettent de modifier leur hauteur et leur assiette (ou horizontalité). Des réglages de précision vous seront nécessaires pour trouver le meilleur équilibre de volume entre tous les micros de votre guitare, quelle que soit la corde ou la case jouée.


COMMENT CHOISIR ET INSTALLER DE NOUVEAUX MICROS DE GUITARE ? 

Le moyen le plus simple pour optimiser le son d'une guitare (de bonne facture et déjà bien réglée !) est d'investir dans des micros de meilleure qualité.

Pour commencer, déterminez quelles sont les cavités déjà creusées dans le corps de votre instrument. Si vous souhaitez remplacer un single coil par autre single coil, ou humbucker par autre humbucker, tout va bien !

Si ce n'est pas le cas, les choses se corsent légèrement...
Pour installer un single coil dans un emplacement prévu pour un humbucker, vous pouvez soit opter pour un micro de type P90, soit vous contenter d'un humbucker standard que vous utiliserez en mode split...

Pour installer un humbucker dans un emplacement prévu pour un single coil, vous pouvez vous orienter vers un humbucker de type Rail ou Stacked. Une autre solution plus radicale est de demander à un luthier de creuser le corps de votre instrument...

Écoutez le son de votre guitare jouée "unplugged", et déterminez si vous souhaitez accentuer ou atténuer le son naturel de votre instrument. Par exemple, pour une guitare en érable au son naturellement brillant, vous pouvez choisir d'utiliser un single coil Alnico V pour accentuer cette qualité, ou un humbucker Alnico II pour l'amoindrir !

En fonction de votre style musical et de votre besoin de distorsion, choisissez la puissance des micros. Les micros ayant un fort niveau de sortie saturent plus facilement mais ont un son légèrement moins dynamique que les micros à niveau de sortie plus faible.

Rendez-vous sur les sites des marques célèbres de micros de guitare (Fender, Gibson, Seymour Duncan, DiMarzio, EMG, Bare Knuckle...). La plupart vous fourniront des informations très précises pour aiguiller votre choix.

Sachez que certains fabricants proposent même un assistant virtuel en ligne, très utile !

C'est le cas de Seymour Duncan : https://www.seymourduncan.com/pickup-selector-step-1

et de DiMarzio : http://www.dimarzio.com/pickup-picker


Pour finir, achetez vos nouveaux micros et faites appel à un luthier pour les installer, ou bien faites le vous-même si vous vous en sentez capable (il existe de nombreux tutoriels à ce sujet sur YouTube).




CONCLUSION

Comme nous l'avons vu dans cet article, la conception des micros pour guitare électrique dépend très largement du savoir-faire des différentes marques, et repose tout autant sur la maitrise des sciences physiques que sur la quête perpétuelle de musicalité !

Avoir une excellente connaissance des différents types de micros et être capable de choisir les bons micros pour la bonne guitare sont deux qualité que partagent tous les grands guitaristes.

A présent, à vous de jouer et de trouver le meilleur compromis pour façonner votre son "sur mesure" !




Rédacteur : Sylvain Peter