Apprendre à jouer la rythmique funk à la guitare
Le funk, c’est le groove, la danse mais surtout la transmission d’une énergie redoutable !
De Catfish Collins à Prince en passant par Nile Rodgers ou encore plus récemment, Cory Wong et Mark Lettieri, ces grands noms du funk ont permis à la guitare de devenir un instrument percussif et rythmique, comme une percussion harmonique et mélodique.
Le funk est un bon terrain de jeu pour t’entraîner à la rythmique en doubles croches et à dissocier main droite et main gauche, je t’encourage vraiment à explorer ce style peu importe tes goûts musicaux, cela te permettra de ressentir la musique autant qu’à la jouer ! Alors toi, jeune métalleux, pose ta 7 cordes, prends ta Stratocaster et viens explorer ces contrées groovy qui te feront bouger le pied et la tête !
L’essence du groove funk : rythme, comping et précision
Le funk, c’est surtout un rythme. C’est une rythmique qui repose sur le placement et sur le groove. Il doit répondre à la batterie et à la basse tout en soulignant les changements harmoniques de la structure du thème. C’est avant tout l’art de mettre en valeur par des croches, doubles croches, croches pointées, syncopes et silences le groove global du morceau avec finesse !
Le comping dans le funk
Le comping est un terme issu du monde du jazz permettant d’accompagner les autres instruments en jouant les accords de façon rythmique. Souvent, nous délaisserons la partie basse de l’accord et jouerons uniquement le reste de l’accord, la basse de l’accord étant jouée soit par la basse, soit par le clavier, nous n’aurons pas besoin de doubler cette partie.
Souvent joués sur les cordes aiguës de la guitare, les cordes de ré, sol, si et mi, seront utilisées pour souligner les accords (comme un pianiste venant jouer uniquement la main droite) les silences et accents seront à privilégier pour rendre cette rythmique dynamique.
Grâce aux extensions harmoniques, comme la 7e, 9e, 11e et 13e les accords seront enrichis afin d’harmoniser la rythmique, surtout si elle est jouée par plusieurs instruments.
Exemple de comping
« Rock with you » de Michael Jackson est le 2e single de l’album Off the Wall (écrit et composé par Rod Temperton et produit par Quincy Jones en 1979)
Ici nous jouerons le F#7M sur la première mesure puis en réponse, deux accords majeurs sur la deuxième (G# et A#) et quatrième mesure (G# et B) . Ce comping joué sur les cordes aiguës de la guitare (D, G, B et E) annonce tout de suite une couleur funk et disco à ce morceau pop iconique qui a fait danser toute une génération !
Pour être le plus en rythme possible, il te faudra décomposer les rythmiques funk en double croches. Cela permettra de comprendre comment jouer les accords avec votre médiator, soit avec un mouvement vers le haut, soit avec un mouvement vers le bas. Tu pourras par la suite, le simplifier à son strict minimum, pour être encore plus en rythme et ce, sans les ghost notes !
Comment travailler efficacement les rythmiques funk ?
Le plus important, c’est le rythme. Pour comprendre le rythme il faudra jouer avec une backtrack batterie ou encore un métronome ! Il te faudra découvrir les accents pour être le plus groovy possible. La durée des notes est elle aussi importante, cela te permettra de faire durer certaines notes et souligner d’autres accords pour apporter une variation dans ton groove.
Nous penserons automatiquement au guitariste Nile Rodgers qui est le maître en la matière, je t’invite à aller écouter ce morceau « Le Freak » du groupe Chic ! Nous pouvons comparer cette ligne, à un shaker, mélodique, qui viendra souligner et mettre en valeur la structure harmonique du morceau.
Lance ton métronome favori ou un backtrack drum
Tape du pied, sur les temps, sera ton partenaire rythmique
Lance le record sur ton DAW préféré et écoute ta boucle, joue par-dessus pendant quelques heures et c’est parti ! Boucler une rythmique te permettra de comprendre comment la faire groover.
Technique main droite et main gauche : mécanique du groove
La main médiator, le moteur du groove
La main médiator à la guitare, surtout lorsque tu joues du funk, sera à considérer comme un moteur, une locomotive, te permettant d’être en rythme avec la section rythmique de ton groupe ou de ton backtrack. Par un mouvement continu et régulier en allers-retours, elle viendra jouer les cordes ou les éviter tout en conservant le rythme. (Cette notion te sera très utile lorsque tu devras jouer des croches pointées)
Je te conseille de travailler ta précision car tu devras jouer parfois des accords ou des notes uniques, tout en sautant des cordes. Cela t’aidera à être le plus clean possible, et aussi à allier palm mute pour jouer des cocottes !
La main manche – contrôle des silences
La main manche, quant à elle, te permettra de contrôler ton jeu, c’est-à-dire contrôler ce qui doit sonner et ce qui doit être étouffé ! En relâchant rapidement la pression sur les notes et accords après l’attaque elle étouffe directement le son te permettant de jouer des ghost notes.
L'index, l'annulaire et/ou le majeur, te permettront de muter les cordes. Des guitaristes, comme Stevie Ray Vaughan (pour mieux comprendre tu peux écouter cette version de « Superstition » avec Stevie Wonder) qui se sont emparés de cette rythmique funk les intégrant dans son jeu dans tous les styles. Il pouvait jouer différentes notes tout en grattant avec son médiator, les autres étant étouffées.
Nile Rodgers, de son côté, utilise son pouce pour muter les deux premières cordes (E & A) cependant, il est largement possible, de jouer sans utiliser ce doigt comme mute et en se concentrant sur les autres doigts comme mute de votre main manche (gauche ou droite) tout en gardant le pouce derrière le manche ! Cet apprentissage est progressif et te permettra d'utiliser les autres doigts qui ne frettent pas les cordes en tant que mute pour avoir le jeu le plus clean possible, quel que soit le style joué !
Conclusion
La rythmique funk demande beaucoup de rigueur, de travailler au métronome et de comprendre le rythme, un décalage de quelques millisecondes peut nuire à ton groove. Travailler la précision de ta main médiator et ta dynamique par le travail des accents t’apprendra à jouer pour le thème tout en laissant de l’espace aux autres instruments. Comprendre ces notions, c’est comprendre une bonne partie du registre moderne lié à la guitare électrique.
Par une maîtrise rythmique millimétrée et par une musicalité au service du groupe, c’est un nouvel état d’esprit que tu découvriras à travers cette pratique ! Le corps te permettra d’être synchronisé avec le tempo, ce sera ton métronome interne et il te servira à faire groover quelques notes et accords sur le métronome global de ton groupe. C’est ce que l’on appelle être « in the pocket », être en rythme tous ensemble et être parfaitement synchronisé.
Rédacteur : David Dutrieux