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par Raff de HGuitare

Le mode Lydien à la guitare

Après le dorien et le phrygien, on poursuit notre série d’articles sur les modes. Dans cet article, nous allons parler et détailler le mode lydien.


QU’EST-CE QUE LE MODE IONIEN ?

Dans cet article nous allons nous consacrer uniquement au mode Lydien qui est un mode majeur de la gamme majeure et qui est le 4e mode de la gamme.

Bien évidemment tous les principes et toutes les techniques d’utilisation des modes s’utilisent également pour ce mode-là. 

Si l’on devait définir la sonorité du mode lydien bien évidemment tout le monde ne serait pas d’accord mais il y a néanmoins des choses qui reviennent fréquemment c’est cette sensation de quelque chose d’aérien ou de très inspiré voire même de divin. On peut retrouver ce mode dans de la musique de films notamment dans des moments ou quelque chose de miraculeux se produit.
On le retrouve également dans plein de morceaux (beaucoup de guitaristes aiment ce mode).

Lords of Karma de Joe Satriani alterne Lydien et Mixolydien (dont on parlera dans le prochain article) :


Un des plus grands exemple guitaristique est For the love of God de Steve Vaï :


Ou encore ce morceau de Joe Satriani « Echo » :

Le lydien est un mode fort, avec une couleur prononcée. Il est d’ailleurs un des meilleurs modes pour s’entraîner à reconnaître les modes. A la fin de cet article, certaines choses devraient vous paraître plus évidentes.
Comme c’est un mode avec une couleur prononcée, il est très intéressant à utiliser et de part ses sonorités, il en est même agréable. Je vous invite, à la suite de cet article, à tester ce mode et surtout à composer une mélodie (ou plusieurs) en lydien pour ressentir son « pouvoir » mélodique et évocateur.

Bon, vous l’avez compris, ce mode est un incontournable. Il est efficace, riche et sert de bonne initiation pour maîtriser les modes. 


COMMENT EST CONSTRUIT LE MODE LYDIEN ?

Encore une fois nous allons voir toutes les fonctions des notes du mode et nous allons détailler leur pouvoir évocateur.

Décomposons donc ce mode note par note :

Alors, pour commencer l’analyse, il nous faut déjà se rappeler que tous les modes majeurs doivent être comparés au mode majeur de référence donc le mode ionien vu dans le précédent article. 
Si nous notons d’abord les points communs entre ces 2 modes. Nous pouvons donc voir qu’ils sont quasiment identiques :

- Une seconde majeure : qui apporte le côté légèrement nostalgique et doux et surtout une consonance fortement agréable.

- Tierce majeure : qui apporte le côté joyeux, ce qui fait donc du Lydien un mode plutôt joyeux, optimiste ou positif.

- Quinte juste : qui est là pour apporter la « puissance » et éviter la dissonance

- Sixte majeure : elle apporte un côté joyeux également, plus nuancé que celui de la tierce

- Septième majeure : note très intéressante car elle est presque dissonante car elle est placée à un demi-ton de la fondamentale (on appelle ça la sensible) mais elle a quelque chose d’intense (qui contribue également à ce côté divin du lydien)

Maintenant parlons de la différence : la quarte qui est augmentée dans le lydien mais qui est juste dans le ionien (le mode de référence) apporte quelque chose de bien plus élevée, voire divin. La quarte juste, elle, est plus standard (et bien plus courante).
Cette fameuse quarte augmentée est ce qu’on appelle la note caractéristique du mode.
Autrement dit, par rapport au mode de référence (le ionien) c’est cette note-là qui diffère et qui donc marque fortement la sonorité toute particulière du lydien.

Pour vous aider, prenons un exemple avec le mode de Mi Lydien (qui sera nécessaire pour la suite de l’article).

Structure : Mi M / Mi M7
Superstructure : 2,#4,6

On peut voir que la structure est la même que celui du ionien et pour la superstructure, il y a une différence qui est tout logiquement celle de la quarte. Qui est donc la note caractéristique du mode lydien (le terme doit vous sembler plus clair maintenant).

Autrement dit, vous avez le choix d’insister sur cette note pour bien faire ressortir la couleur ou alors d’y passer rapidement voire de régulièrement l’éviter pour rendre la couleur du mode plus standard, plus « pastel ».
Il est à noter quelque chose mais qui n’est absolument pas le cas à chaque fois, ici la quarte augmentée (qui est la note caractéristique du mode) est la seule fois dans la gamme majeure où nous trouverons une quarte augmentée. Tous les autres modes ont une quarte juste. 


OUI MAIS A LA GUITARE ?

Comme je vous l’ai dit, ce mode est régulièrement utilisé à la guitare.

Que ce soit par Satriani, Vaï et bien d’autres (Frank Zappa avant, on le retrouve dans le jazz, dans la fusion beaucoup et dans la musique de film).
Comme il a exactement la même structure que le ionien, on va retrouver les mêmes formes d’accords (triades et tétrades). Je vous les remets quand même pour le Mi M et le Mi M7.

Au niveau des formes d’accords, rien de bien nouveau ici.

Pour rappel : en rouge, vous avez la fondamentale (donc Mi), « p5 » c’est la quinte juste (perfect 5th), le triangle suivi de 3 signifie tierce majeure et le triangle suivi du 7 signifie 7ème majeure.

Maintenant, je vous propose de voir toutes les notes du mode lydien de mi, le premier diagramme montre les notes sur la première moitié du manche (du sillet de tête à la 12e case). 

 

La fonction de chaque note est notée dans le rond. Le rond rouge (avec le F dedans) signifie que c’est la fondamentale soit Mi pour un Mi ionien.

Nous allons maintenant appliquer une des techniques que j’avais décrite dans le premier article sur les modes, nous allons faire résonner (et répéter) la corde de Mi grave, nous allons partir une octave au-dessus (donc case 7, corde de La) et jouer avec les notes du mode pour le faire sonner.

C’est un peu comme une improvisation sauf que le but n’est pas de faire une impro mélodique, technique, rythmique ou juste « stylée » mais simplement de faire ressortir la couleur du mode et que vous la définissez.
Pour ça voici un diagramme des notes que nous allons utiliser :

Voici une vidéo où j’applique l’exercice :

Avec cette technique la couleur du mode ressort beaucoup plus, il est très intéressant dans cet exercice de s’arrêter sur chaque note et d’écouter son apport musical, avoir un avis « critique » mais surtout musical sur chaque note que vous jouez. Vous maîtriserez ainsi mieux vos mélodies, riffs, solos, compositions et improvisations. Construire des mélodies sera plus simple. Pensez à bien prendre le temps.


COMMENT JE SAIS QUELLE GAMME J’UTILISE ?

On avait déjà évoqué cette question dans le mode ionien et on la retrouvera dans chaque mode. Il n’est pas nécessaire d’y répondre mais pour certains ça peut être plus facile : certains musiciens préfèrent penser : une gamme jouée sur une note répétée ou qui résonne.

Rappelez-vous toujours ce que vous faîtes et ce que vous cherchez. Par exemple, dans notre cas précis, nous jouons un Mi Lydien et nous cherchons la gamme majeure de ce mode en question.
Pour rappel, le Lydien est le mode du IVe degré de la gamme et nous cherchons la fondamentale du premier degré de cette même gamme (qui nous permettra donc de déterminer la gamme majeure à utiliser).

Il nous faut donc remonter les notes de la gamme pour arriver au 1er degré. Rappelez-vous le squelette de la gamme majeure :

1 : C’est pour 1 ton (2 cases)
½ : C’est pour ½ ton (1 case)

Donc si on applique à l’exemple on a :

IVe degré : Mi

IIIe degré : Ré#

IIe degré : Do#

Ier degré : Si



Donc pour résumer un Mi Lydien c’est une gamme de Si Majeure jouée sur un Mi qui soit répété ou qui résonne.

N’oubliez pas que le Lydien est un mode très intéressant et très facilement exploitable, il vaut vraiment le coup d’y passer du temps.

Bon travail à vous.




Rédacteur et guitariste : Sophian Alkurdi
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